Benoît Bouillard a remporté la finale française de The Bartenders Society cette année, la compétition de cocktails et soft cocktails organisée par Marie Brizard, Saint James et Caraïbos. Coach, ami, ancien vainqueur du concours : Yoann Peffer, gagnant France The Bartenders Society 2024 était dans son coin. On leur a posé quelques questions sur ce que ça change, concrètement, de ne pas préparer une compétition tout seul.


Il y a des victoires qui se construisent à deux. Celle de Benoît (chef de bar à Monsieur Moutarde) à la finale française de The Bartenders Society 2026 en fait partie. Derrière le comptoir, c'est lui qui a travaillé, répété, affiné sa recette et remanié son storytelling pendant des semaines. Mais dans les coulisses, dans les textos du soir et les appels avant chaque étape, il y avait Yoann. L’un des coachs de la compétition cette année, ancien vainqueur du concours, et surtout, ami de plusieurs années.

Une relation qui n'avait pas besoin d'être construite

C'est l'un des éléments les plus frappants de ce duo : la confiance existait déjà. "On est amis depuis plusieurs années, donc la relation était déjà en place," dit Yoann. Ils se sont même affrontés en compétition par le passé. Ce contexte a changé la nature du coaching dès le départ.

Benoît le confirme : "Il a su trouver le bon équilibre entre le barman qui encourage, le coach qui apporte des solutions techniques et l'ami qui parle sans détours." La franchise, dans ce cas, valait plus que la bienveillance calculée. Pas de faux-semblants, pas de ménagement inutile.

Deux compétiteurs, deux méthodes

Cette année, Yoann a coaché deux candidats : Benoît, mais aussi Robin (qui a décroché le prix coup de cœur des médias). Et c'est en comparant les deux approches qu'on comprend mieux ce que le coaching peut signifier dans ce milieu.

Avec Benoît, qui cumule les compétitions et les palmarès (gagnant France de l’édition 2023, deuxième en 2025 en Martinique), les échanges se sont faits principalement par texto. Peu de travail sur la recette, "parce qu'il a beaucoup d'expérience, donc ça a été plus des confirmations que des indications," explique Yoann. L'essentiel s'est joué ailleurs : sur le storytelling, sur la mise en scène, sur la confiance. "C'est quelqu'un de très très doué mais qui a du mal à se dire qu'il est très doué. J'ai aussi été là pour lui dire qu'il avait toutes les clés pour gagner cette année."

Avec Robin Passera (de l’Atelier by CDM à Cavalaire Sur Mer), en revanche, l'accompagnement a pris une forme très différente. Des appels réguliers, une demi-heure à trois quarts d'heure, une à deux fois par semaine. Un travail de cadrage plus que de confirmation. "Robin c'est un artiste. Il avait besoin d'avoir plus de structure, qu'on lui mette un peu des limites." Pour Yoann, il s'agissait de simplifier les idées, de restreindre les envies pour que la performance reste lisible. "J'étais plus un cadre pour lui, pour l'aider à rester dedans et pas se perdre."

Le déclic : la boîte mystère

Yoann avait toujours pensé que Benoît pouvait gagner. Profil solide, connaissance du circuit, belle progression. Mais le moment où la conviction est devenue une certitude, c'était lors du travail autour de la boîte mystère.

"Quand on s'est posés dessus et qu'il a tout de suite assumé sa réflexion, j'ai su qu'il était sur la bonne voie." Prendre position rapidement face à une contrainte inconnue, ne pas tergiverser, c'est souvent ce qui distingue un compétiteur rodé d'un autre.

La boîte mystère avait d'ailleurs été un axe central de leur préparation. Caraïbos, marque partenaire et seule sans alcool dans la liste, occupait beaucoup de leurs échanges. Quoi faire avec cette gamme, comment l'intégrer intelligemment dans un temps restreint, quel outillage prévoir. "On a tout imaginé : comment infuser, comment extraire vite," raconte Benoît.

Le storytelling, le vrai chantier

Si la recette a peu changé, le storytelling, lui, a été revu en profondeur. Benoît en parle avec une franchise qui tranche avec les discours polis d'après-victoire.

"Lorsqu'on travaille seul sur un projet pendant plusieurs semaines, on finit parfois par manquer de recul. On connaît tellement son cocktail et son histoire que tout nous paraît évident, alors que ce n'est pas forcément le cas pour le jury." Ce que Yoann lui a fait comprendre, c'est que son storytelling initial ne parlait qu'à lui, pas au jury qui attendait un lien clair avec le thème.

Repartir de zéro sur cet aspect en cours de préparation, ce n'est pas anodin. "Yoann ne cherchait pas à me rassurer, il n'y avait pas le temps de cogiter. Il m'aidait à comprendre précisément ce qui n'avait pas fonctionné au départ." L'expérience partagée des deux dans les concours a permis d'aller vite, sans tourner autour du pot.

Le jour J : serein, pas seul

La finale s'est tenue à Bordeaux. Ce que le coaching a apporté de plus concret le jour de la compétition, c'est de la sérénité. "Je savais exactement dans quel ordre réaliser mes préparations, où placer mon matériel et combien de temps consacrer à chaque étape," dit Benoît. Une légère sortie du temps imparti, mais une performance globalement maîtrisée.

Et surtout : ne pas être seul. "Même sous la pression de la montée sur scène, je savais que je ne montais pas seul. On a pu débriefer entre les épreuves. Un rappel sur le matériel, un second regard sur les préparations, toutes ces petites choses qui font qu'on peut être pleinement dans sa compétition."

Pour Yoann, la victoire a été vécue avec une intensité particulière. "La première chose qu'on a faite quand Benoît a gagné, c'était de se prendre dans les bras. C'était intense, je pense pour les deux."

Le coaching en compétition : une idée qui s'installe

The Bartenders Society a renforcé la présence des coachs pour cette édition 2026, en développant un dispositif initié l'année précédente. Pour Yoann, c'est la meilleure décision organisationnelle de l'année. "J'aurais bien aimé avoir un coach quand j'ai participé à d'autres concours."

Parce que la compétition de bar reste un exercice solitaire. On prépare dans son coin, on répète dans son bar, puis on monte sur scène face à un jury et à un public. "Derrière notre bar ce n’est jamais pareil. Savoir que dans la salle, ou même avant pendant la préparation, t'as quelqu'un avec qui t'as échangé et qui est là pour toi, ça fait toute la différence."

C'est précisément ce que The Bartenders Society cherche à provoquer : transformer une compétition individuelle en aventure collective. Depuis sa création, le concours mise sur la transmission entre générations de bartenders, sur le coaching des anciens vainqueurs, sur les échanges entre candidats qui finissent souvent en amitiés durables. Résultat, personne ne repart juste avec un classement en poche. Il y a les conseils glanés en coulisses, les rencontres, un réseau qui continue d'exister bien après la finale. Et c'est sans doute ça, le vrai pari de The Bartenders Society : miser sur l'humain plutôt que sur la seule performance, parce que ce sont ces liens-là qui font progresser les bartenders, saison après saison.

Author

Fondateur de ForGeorges - plus de 1 000 bars testés à travers le monde - prend autant de plaisir à tester un nouveau bar, que déguster un spiritueux ou un verre de vin en bonne compagnie ! Spécialiste de la loi Évin et dénicheur de bonnes idées et innovations pour les marques d'alcool ! Son cocktail préféré ? Tous à partir du moment où ils font passer un bon moment (mais ne crache jamais sur un old fashioned bien réalisé ! ). Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...) Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...)

S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

NOUVELLE Newsletter

Gratuite, une fois par semaine, avec les actualités cocktails et spiriteux à ne pas louper, le tout à la sauce ForGeorges !


0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x