Récit. Trois jours dans le berceau de Marie Brizard pour suivre la 11ᵉ finale France hexagonale du concours The Bartenders Society et y remettre un trophée.


Il y a un moment, à chaque concours, où l'on comprend que les choses sérieuses commencent. Cette année, c'est arrivé un dimanche soir, sur le rooftop de l'hôtel Indigo des Chartrons, alors que tout le monde croyait encore être en soirée.

La Welcome Party avait le ton qu'il fallait : verres à la main, retrouvailles avec tous les anciens gagnants des éditions précédentes, candidats détendus. Puis dix boîtes noires sont apparues. Les dix finalistes les ont ouvertes en même temps, et la fête a discrètement changé de nature. À l'intérieur : un kit « chasseur d'épices », des bouteilles, une sélection d'épices imposées, et un carnet,  un « passeport » plus précisément, pour consigner les idées. L'épreuve sans alcool avec Caraïbos venait de démarrer, sans prévenir. 1h30 pour imaginer une recette. Les coachs, tous anciens gagnants, pouvaient guider la réflexion ; l'interprétation, elle, restait l'affaire du candidat. 

Nous étions sur place du début à la fin, et autant le dire d'emblée : cette édition s'est jouée autant sur la table que sur les histoires que les candidats avaient à raconter. Le thème sur les épices n'était pas un prétexte décoratif. C'était un langage, et il fallait savoir le parler.

Bordeaux, le terrain de jeu idéal

Le choix de la ville n'avait rien d'anodin. Bordeaux, c'est le berceau de Marie Brizard, maison née ici en 1755. Pour une 11ᵉ édition placée sous le signe du goût et de la transmission, difficile de trouver décor plus cohérent.

Le programme du lundi a vite donné le tempo. Première grande épreuve dès le matin : la présentation du cocktail de qualification, cette fois avec Marie Brizard, Saint James et Caraïbos, à bord du Maddalena, un bateau amarré transformé en scène flottante. Puis déjeuner-croisière sur le Sicambre, et là, un vrai temps fort : une masterclass à quatre mains entre Matthias Giroud, président du jury et cofondateur de L'Alchimiste, et Mélanie Serre, cheffe et propriétaire de l'Auberge du Bassin. Leur sujet,  la « Mixonomie », quand la mixologie rencontre la gastronomie, aurait pu rester un slogan. Ce fut une vraie démonstration de pairing, le dialogue entre textures et saveurs traité comme une conversation, pas comme un argumentaire.

L'après-midi, retour au sol au Café Maritime pour le dévoilement des créations sans alcool imaginées la veille. En fin de journée, masterclass épices avec Benoît Aubé, sélectionneur d’épices chez Sacré Français, pour rappeler aux finalistes que derrière chaque baie il y a une origine, une route, une puissance aromatique. Un fil rouge tenu jusqu'au bout.

Benoît Bouillard, ou la patience récompensée

La cérémonie s'est tenue le soir à l'InterContinental, et le palmarès raconte à lui seul une belle histoire.

Le vainqueur France hexagonale 2026 s'appelle Benoît Bouillard, et son parcours mérite qu'on s'y arrête. Déjà gagnant France en 2023, deuxième l'an dernier à un souffle de l'international, il s'est réinscrit. Encore. Pour repasser par la case finale France, comme tout le monde, anciens vainqueurs compris. C'est ça qui rend sa victoire intéressante : il avait déjà gagné, il aurait pu s'en contenter, il a choisi de tout remettre en jeu pour aller chercher la finale internationale qui lui manquait.

Photo ForGeorges

Cette année, il est revenu avec deux créations très personnelles. Côté alcool, « Reine Marie » rend hommage à l'épice comme langage et à Marie Brizard comme figure. Vanille de Madagascar sur la Poire Williams, rince à la Fleur de Canne Saint James et cardamome noire, graine de moutarde toastée infusée dans le Cocchi Americano, écume fraise-gingembre pour finir. L'épice n'y domine jamais : elle circule. C'était précisément le propos du concours, et personne ne l'a mieux incarné.  Côté sans alcool, « Echo » part d'une idée simple et tenue de bout en bout : des ingrédients qui ne se ressemblent pas mais se comprennent. Jus de cranberry Caraïbos infusé au combava, distillat de baie de Timut aux accents de pamplemousse rose, verjus pour relier, solution saline au basilic pour révéler. Un cercle aromatique qui se referme sans esbroufe.

Le reste du podium

Sophie Martin (La Ferme Blanche, Lompret) décroche une 2ᵉ place pour sa deuxième participation seulement, et son premier podium. Avec « Zeste Épique », elle signe une traversée entre thé noir fumé, fenugrec, sumac et gingembre, où les agrumes apportent la profondeur. Son sans-alcool, « Kamilibos », est un hommage direct à un collègue bangladais : distillat de baie d'Assam, cordial de pandan, feuille de cannelle. Deux créations qui parlent de cuisine et de rencontre autant que de technique.

Enzo Riccelli (Santeuil Café, Nantes) complète le podium à la 3ᵉ place pour une première participation, c'est remarquable. Issu d'une maison qui a déjà produit deux gagnants (Mathieu Gouret, Benoît Guérin), il assume la filiation tout en posant son propre univers. « Mémoire d'Épices » cartographie son parcours (Saint James VSOP et Cœur de Chauffe, yuzu au poivre de Timut, cordial ail noir et fleur de sel de Guérande) ; « Matagi » prolonge son exploration de l'Asie. Le yuzu et le timur relient ses deux verres comme une signature.

Le jury 2026, pour mémoire : Matthias Giroud à la présidence, entouré de Pierre Munier (champion du monde 2025), Mélanie Serre, Stephen Martin (historien du bar et ambassadeur Saint James), Jérémy Lauilhé (MOF Barman 2023) et Benoît Guérin, le tenant du titre 2025.

Photo ForGeorges

Coup de Cœur des Médias : Robin Passera, et un trophée à remettre

Petite nouveauté cette année : le prix « Coup de Cœur des Médias ». L'idée est de celles qu'on aime voir arriver. The Bartenders Society a souhaité associer ceux qui racontent la mixologie à l'appréciation des créations. Un regard plus spontané, plus éloigné du barème technique et dégustation, centré sur l'histoire et l'émotion qu'un cocktail transmet.

ForGeorges a eu l'honneur de remettre ce prix au nom des médias présents, et notre choix s'est porté sur Robin Passera (L'Atelier by CDM, Cavalaire-sur-Mer). Pour une raison simple : la cohérence. Du choix de la verrerie au rituel de service, de la mise en scène à la conception même de ses cocktails, tout chez lui tenait debout, pensé en amont, sans une fausse note. On comprenait instantanément où il voulait nous emmener. C'est exactement ce qu'un prix médias devrait récompenser : pas la performance pure, mais la capacité à embarquer.

Trois jours, dix finalistes, un thème exigeant et un palmarès qui raconte quelque chose. On retiendra la patience de Benoit Bouillard, la justesse de Sophie Martin, l'aplomb d’Enzo Riccelli pour un coup d'essai, et la cohérence de Robin Passera. Et l'idée, plutôt saine, que dans un concours de cocktails, ce qui reste à la fin, ce sont les rencontres. 

Rendez-vous en finale internationale.

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Fondateur de ForGeorges - plus de 1 000 bars testés à travers le monde - prend autant de plaisir à tester un nouveau bar, que déguster un spiritueux ou un verre de vin en bonne compagnie ! Spécialiste de la loi Évin et dénicheur de bonnes idées et innovations pour les marques d'alcool ! Son cocktail préféré ? Tous à partir du moment où ils font passer un bon moment (mais ne crache jamais sur un old fashioned bien réalisé ! ). Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...) Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...)

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