On était là, à l'Hôtel La Fondation, pour voir six bartenders s'affronter sous l'œil d'un jury international. C'est une Bretonne de Lorient qui a fait la différence.


La Giffard West Cup, c'est un peu le rendez-vous que tout bartender français devrait avoir coché dans son agenda au moins une fois dans sa carrière. Pas le concours le plus médiatisé, pas le plus clinquant, mais probablement l'un des plus respectés de la scène et qui permet de faire émerger de nouveaux talents du bar.  Et le 22 juin 2026, c'est au cœur de l'Hôtel cinq étoiles La Fondation, dans le 17e arrondissement de Paris, que s'est jouée la finale nationale de cette 29e édition.

Un concours qui a démarré dans l'Ouest, et qui n'a jamais oublié ses racines

Pour comprendre ce qu'est la Giffard West Cup, il faut remonter à 1997. Cette année-là, la maison Giffard, liquoriste familial installé à Angers depuis 1885, lance un concours de cocktails local, ancré dans l'ouest de la France. D'où le nom : West Cup. Une compétition de quartier, en quelque sorte, portée par l'esprit convivial et familial qui est la marque de fabrique de la maison depuis cinq générations.

Vingt-neuf ans plus tard, la compétition s'est développée à l'international. En 2024, ce sont 30 pays qui ont organisé leurs sélections nationales, avec plus de 1 000 bartenders inscrits à travers le monde. Pour 2026, 20 candidats issus de 20 pays se retrouveront à Angers pour la grande finale internationale.

Ce qui ne change pas : la philosophie. La Giffard West Cup n'est pas un championnat de l'esbroufe technique. On ne cherche pas la technique la plus spectaculaire ni le cocktail avec 14 ingrédients introuvables. On cherche des bartenders capables de raconter une histoire avec un verre, en valorisant les produits Giffard (minimum 30 ml obligatoires dans chaque création), en travaillant proprement, et en emmenant les jurés avec eux.

Le concours a lieu tous les deux ans. Ce rythme biennal lui donne un poids particulier : on n'a pas le droit à l'erreur, il faut être prêt au bon moment.

"Sip the Moments" : le thème d'une édition pensée comme une journée complète

Chaque édition de la Giffard West Cup s'articule autour d'un thème central. Pour 2026, c'est "Sip the Moments - Craft Your Journey, From Sunrise to Moonlight" qui a guidé les candidats. Et la contrainte était particulièrement intéressante pour cette édition : les finalistes ne devaient pas créer un cocktail, mais deux. Deux créations complémentaires, pensées pour accompagner un client du matin jusqu'à la nuit et qui forment un tout cohérent.

C'est une contrainte propre à l'édition 2026, et elle pousse les candidats dans leurs retranchements créatifs. Concevoir un seul cocktail, c'est déjà complexe. En imaginer deux qui dialoguent, qui racontent deux moments d'une même histoire, c'est un autre exercice.

Nouveauté également cette année : les gammes Giffard Sans Alcool, Bases Cocktail Sans Alcool et Sirops entrent dans l'équation, ce qui ouvre de nouveaux horizons pour les créations.

Le parcours pour en arriver là

Avant d'arriver sous les lustres de La Fondation, les finalistes ont dû passer par deux demi-finales régionales organisées en amont par Giffard. Seuls les meilleurs de chaque sélection décrochent leur place en finale nationale. Ce 22 juin, six bartenders venus de toute la France ont donc posé leur matériel sur le comptoir, face à un jury de haut vol.

Cressida Lawlor, figure de la scène britannique et bar manager du Manchester FC, Charles Jonville, barman et entrepreneur dont on ne présente plus Les Cocktails de Charles, et Émilie Giffard, directrice générale de la maison et représentante de la cinquième génération familiale : voilà les trois experts personnes qui ont eu le privilège (et la responsabilité) de trancher.

Les six finalistes en lice : Noé De Langhe, Enora Le Liboux, Julie Menoret, Dimitri Belliard, Erwan Delafuys et Ernesto Peña.

Enora Le Liboux, acte I scène 1, et scène 2

C'est Enora Le Liboux qui a fait la différence. Bartender au Shamrock Irish Pub de Lorient  (oui, une Bretonne, oui depuis un Irish Pub, et c'est exactement ce qu'on aime dans ce concours),  elle a choisi le théâtre comme fil conducteur de ses deux créations. "Acte I - Scène 1" pour le jour, "Acte I - Scène 2" pour la nuit.

Une narration captivante, des cocktails soignés, et la preuve qu'une belle histoire bien racontée fait toujours la différence face à un jury. Enora n'a pas cherché à épater la galerie. Elle a construit un univers, et elle y a invité tout le monde.

Ce qui frappe avec ce type de performance en concours, c'est précisément ça : le meilleur bartender n'est pas forcément celui qui a les techniques les plus impressionnantes, mais celui qui réussit à vous emporter quelque part. Enora, ce jour-là, a embarqué le jury dans sa pièce de théâtre, en faisant participer les membres du jury dans sa narration. Et ça a marché.

La prochaine étape : Angers, fin septembre

Grâce à cette victoire, Enora Le Liboux décroche son billet pour la grande finale internationale. Rendez-vous du 29 septembre au 1er octobre 2026 à Angers, berceau historique de la maison Giffard. Elle y affrontera 20 autres bartenders venus du monde entier, chacun champion de son pays.

Le prize pour le grand gagnant de cette finale mondiale ? Un voyage immersif au Guatemala, au cœur d'un terroir de café authentique. Une expérience pour nourrir les inspirations de demain et rappeler que les meilleurs bartenders sont souvent ceux qui s'alimentent d'influences qui dépassent largement les frontières du bar.

Author

Fondateur de ForGeorges - plus de 1 000 bars testés à travers le monde - prend autant de plaisir à tester un nouveau bar, que déguster un spiritueux ou un verre de vin en bonne compagnie ! Spécialiste de la loi Évin et dénicheur de bonnes idées et innovations pour les marques d'alcool ! Son cocktail préféré ? Tous à partir du moment où ils font passer un bon moment (mais ne crache jamais sur un old fashioned bien réalisé ! ). Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...) Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...)

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