C'est officiel. Waterford Distillery, la distillerie irlandaise aussi visionnaire que malchanceuse, vient de trouver repreneur. C'est le Tennessee Distilling Group (TDG), un mastodonte américain de la production sous contrat, qui a signé l'accord de reprise des actifs clés de la marque, distillerie et propriété intellectuelle comprises. La finalisation du deal est attendue dans les prochaines semaines, le temps de boucler les formalités réglementaires. Les montants financiers, eux, n'ont pas été communiqués.
Petit rappel des faits
Mark Reynier, l'homme qui avait déjà ressuscité Bruichladdich sur Islay avant de la céder à Rémy Cointreau, fonde Waterford en 2015 dans une ancienne brasserie Guinness. Son ambition : appliquer au whisky irlandais la logique du vin, avec une obsession pour le terroir et la traçabilité à la ferme. Une approche radicale, saluée par les connaisseurs, qui donne naissance dès 2021 au premier whisky biodynamique de la distillerie.
Sauf que l'ambition a un coût. En mars 2023, Waterford décroche un package de financement de 45 millions d'euros auprès de HSBC UK pour accélérer son développement international et augmenter ses stocks en maturation. Ça ne suffira pas. En novembre 2024, c'est le coup de massue : HSBC nomme les administrateurs judiciaires Mark Degnan et Daryll McKenna d'Interpath Advisory comme receveurs. Fin de partie pour Reynier à la tête de sa création.
TDG, c'est qui exactement ?
Basé à Columbia, Tennessee, le Tennessee Distilling Group n'est pas vraiment connu du grand public, mais dans l'industrie, c'est une autre histoire. TDG produit bourbon, rye, corn whiskey et malt pour des marques du monde entier, avec trois campus de production sur plus de 150 acres, deux distilleries indépendantes, un site d'embouteillage et des entrepôts dépassant les 74 300 m². Parmi ses clients connus : Uncle Nearest (lui aussi en difficulté financière en ce moment) et Heaven's Door Spirits, la marque de whiskey de Bob Dylan.
Autrement dit, TDG maîtrise la production à grande échelle. Ce qui tranche assez nettement avec l'ADN ultra-artisanal et philosophique de Waterford.
La suite du programme
Les receveurs indiquent que TDG prévoit d'investir significativement dans la distillerie, de renforcer les opérations et d'étoffer les équipes sur place. L'objectif affiché : stabilité à long terme, création d'emplois locaux, et ouverture de nouveaux marchés à l'international. Mark Degnan s'est félicité de l'accord, estimant qu'il représente "un engagement fort envers la marque Waterford, l'économie locale et le secteur irlandais du whisky dans son ensemble."
À noter : les stocks en cours de maturation ne font pas partie du deal et sont vendus séparément, un point non négligeable quand on sait que Waterford avait accumulé des millions de litres de whisky vieillissant en fûts.
Et Reynier ?
Le fondateur n'a pas commenté la transaction. Il est aujourd'hui tourné vers un autre projet ambitieux : la Renegade Rum Distillery à la Grenade. L'homme rebondit, c'est sa marque de fabrique.
Ce rachat par TDG est le deuxième du genre piloté par Interpath en Irlande : les mêmes administrateurs avaient auparavant placé Powerscourt Distillery (Wicklow) sous la tutelle du fonds américain Altiva Management en janvier dernier. Le whisky irlandais premium traverse manifestement une zone de turbulences et les capitaux américains semblent décidés à en profiter.
