Vingt ans après avoir imposé le gobelet réutilisable dans les festivals européens, Emmanuel Torrent revient avec une nouvelle obsession : en finir avec les temps d'attente au bar. Sa réponse s'appelle TIPTAP, une technologie brevetée de service automatisé des boissons qui entame sa première grande saison française au Hellfest, en juin 2026.
Des gobelets aux machines : la même logique
En 2006, Brice Buscato, Flavien Casellas et Emmanuel Torrent créaient l'association Ecocup Développement Durable depuis Céret, dans les Pyrénées-Orientales. L'objectif : remplacer les montagnes de gobelets jetables accumulés après chaque événement. La suite est connue. Tomorrowland, Roland-Garros, le Stade de France, Rock en Seine, les tournées de U2 et Coldplay, l'Euro 2016 : Ecocup est devenu l'un des acteurs de référence du réemploi en Europe.
Emmanuel Torrent repart de la même démarche avec TIPTAP, cofondé cette fois avec Christophe Soucas. Le problème observé sur le terrain : les files d'attente au bar ont un coût réel pour les organisateurs, en satisfaction du public autant qu'en chiffre d'affaires perdu. Le recrutement de personnel qualifié, lui, est devenu un enjeu croissant dans tout l'événementiel.
Un seul opérateur pour quatre points de service automatisé des boissons
Le principe de TIPTAP repose sur un système de remplissage automatisé qui libère totalement les mains de l'opérateur pendant le tirage. Pendant qu'une bière se verse, l'opérateur encaisse, réapprovisionne ou gère un autre flux. La technologie est compatible avec les bières pression, les boissons gazeuses et les cocktails (pour les cocktails pression, il y a déjà ça) .
Résultat annoncé : un seul opérateur peut superviser jusqu'à quatre points de service en simultané. Lors d'un match opposant l'USAP au Stade Toulousain, un opérateur seul a servi l'équivalent de 23 fûts en une heure grâce à plusieurs machines fonctionnant en parallèle. Un système traditionnel tourne généralement entre 3 et 5 fûts sur la même durée.
Hellfest, Main Square, Rock en Seine : la saison 2026 comme banc d'essai
Le Hellfest ouvre le bal : 12 machines seront déployées sur le festival du 18 au 21 juin. Le dispositif monte ensuite en puissance avec 25 machines au Main Square Festival (3 au 5 juillet), puis 25 autres à Rock en Seine (26 au 30 août). Des démonstrations presse sont prévues tout au long du Hellfest pour présenter la technologie en conditions réelles.
L'entreprise travaille déjà avec Kronenbourg, l'USAP, le Stade Français, Brunch Electronik, Le Cercle, le Printemps de Bourges et Lollapalooza. Au total, TIPTAP revendique plus de 200 000 boissons servies, plus de 30 événements équipés et 35 machines déployées depuis son lancement.
Ce que ça change pour la culture bar en événementiel
Au-delà du cas TIPTAP, le sujet pointe quelque chose de structurel : le bar de festival reste l'un des maillons les moins optimisés de l'événementiel. La file d'attente, c'est du chiffre d'affaires évaporé entre deux sets. Et pour les opérations servant des cocktails ou des boissons à plus haute valeur ajoutée, la pression sur les équipes est encore plus forte.
Une technologie qui multiplie par quatre ou cinq la productivité par opérateur, si les performances observées se confirment à grande échelle, peut changer le modèle économique de nombreux événements. À suivre après le Hellfest afin de savoir si la qualité des bières et autres boissons servies est au rendez-vous.

