Cet été a fait l’effet d’une bombe à la figure de beaucoup de français : le réchauffement climatique n’est pas qu’un vulgaire terme avec des répercussions dans un lointain pays du tiers monde ! Les médias se sont empressés de pointer du doigt les différents gaspillages d’énergie notamment l’avion, la grande distribution…

S’il y a bien un milieu qui pourrait faire plus d’efforts… c’est bien les spiritueux. 0,7 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le monde seraient dues à l’alcool, d’après les informations collectées par Alexandre Shields. À titre comparatif, le Canada émet 1,9 % des GES de la planète. Et encore derrière ce chiffre de 0,7%, la production de pesticide, l’eau utilisée pour la culture, le transport, ou encore la mise sur le marché ne sont pas comptabilisés dans ce chiffre. Imaginez ce que cela représente au final…

Combien d’eau gaspillée pour produire un litre d’alcool ?

En 2022, cet été, plus de la moitié de l’Europe a été en sécheresse sévère (et ce n’est pas fini). Il suffit de regarder cette carte pour s’en rendre compte :

Des communes doivent prévoir de la livraison d’eau par camion citerne. Se pose le problème de la gestion de l’eau. Certes, pointez du doigts uniquement la production de spiritueux, ça ferait bien vite oublier les gros problème que la France doit régler (gestion calamiteuse via l’agriculture, fuite dans le réseau…).

Savez-vous combien il faut d’eau pour produire un litre d’alcool ? Tout dépend de l’acool en question bien entendu. Par exemple pour le vin, une étude estime à 120 litres d’eau pour produire un verre de vin ! Le tri du raisin, son entretien, son pressage et sa fermentation nécessitent une grande quantité d’eau. Il ne s’agit pas d’eau contenue dans le vin mais d’eau utilisée, de façon intermédiaire, pour sa fabrication. On parle “d’eau virtuelle”.
120 litres d’eau sont nécessaires à la production d’un seul verre de vin (environ 13 cl) selon l’ONG Water Footprint Network.

En apprend également via l’ADEME  (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l‘énérgie) que la production d’une bouteille de vin de 75cl, conditionnée dans une bouteille de verre émet 1,1 kg eq. CO2 (avec une marge de variance de +/- 50%), soit 1 500 kg eq. CO2 pour une tonne de vin produite.

Pour le whisky, on estime à 11 litres d’eau pour un litre de whisky. Mais derrière ces chiffres simplistes, il faut y lire seulement la quantité d’eau utilisée à la distillerie (des distillerie squi ont fait bien des progrès d’ailleurs)… D’ailleurs, Jim McEwan chez Bruichladdich estimait qu’il fallait 100 litres d’eau pour 1 litre de whisky. Les chiffres peuvent s’envoler si vous prenez un bourbon réalisé à partir de maïs, dont le champ a été copieusement arrosé…

Combien d’énergie perdue dans le recyclage du verre ?

Mais revenons à nos moutons : non pas le contenu, mais le contenant. Et plus particulièrement le verre qui sert aux bouteilles. Oui le verre, ça se recycle. Mais déjà, il ne faut pas oublier qu’une bouteille sur quatre finit dans la poubelle grise et ne sera donc jamais recyclée… La filière du verre s’évertue à nous vanter les bienfaits du recyclage de celui-ci :

  • Le recyclage du verre en 2020 en France en chiffres :
  • Taux de recyclage du verre : 76 % ;
  • Taux de recyclage du verre par rapport à 2019 : + 3 % ;
  • Émissions de CO2 évitées par kg de verre recyclé : 500 kg.

Mais il ne faut pas oublier que recycler du verre… ça consomme néanmoins pas mal d’énergie : il faut ramasser le verre, le trier etc. Une bouteille parcourt en moyenne 260 kilomètres avant d’être recyclée. Il faut ensuite le transformer en calcin (une poudre fine), qui va repasser dans des fours avant de redevenir une bouteille. Comme on l’a vu en ce moment avec Duralex, un four à verre, ça consomme énormément.
Recycler le verre est mieux que rien, mais c’est pas non plus la folie…

Est-ce que la consigne serait la solution ?

La consigne de verre ? Selon une étude de l’ADEME88 % des Français pensent qu’il est utile de revenir à la pratique de la consigne. En Allemagne, le système de consignes est déjà pleinement rentrée dans les mœurs. L’État allemand a fixé un cadre juridique depuis 2003 qui impose à tous les distributeurs de vendre séparément le contenu et le contenant. Ce système implique que le consommateur rapporte les contenants au supermarché. Grâce à ce système, 100 % des bouteilles consignées en Allemagne sont récupérées puis recyclées.

En France, les filières pour la consigne existe dans le milieu du CHR mais reste très peu exploitées (quelques marques d’eau en bouteille, de soda, de bières…) alors que les chiffres parlent d’eux même : selon une étude menée en Alsace et reprise par la fondation Nicolas Hulot, l’utilisation de la consigne permet d’économiser jusqu’à 75 % d’énergie et 33 % d’eau par rapport au recyclage.

Des marques qui commencent à s’y mettre…

Alors pourquoi autant de réticence de la part des acteurs des spiritueux pour remettre en place ce système ? Car il a quasiment disparu en France et seules quelques entreprises le proposent à l’échelle locale : Bout à bout dans les Pays de la Loire, Jean Bouteille dans le Nord ou Consilyon à Lyon.
Pour toucher le CHR, il existe bien EcoSpirits. Mais avec un système propriétaire et un choix de marques restreints, celui-ci n’offre pas encore tous les atouts pour être adopté par la majorité des établissements.

Certaines marques de spiritueux ont mis en place un système de livraison d’établissements en Dame-Jeannes ou bidons, mais les quantités livrées restent anecdotiques à l’échelle nationale…

Pour toucher le grand public : l’Explorateur du goût a bien lancé la Spirithèque, une offre associant une sélection de whiskies, rhums et gins, un meuble et des flacons à destination des cavistes, mais seulement 47 cavistes à fin 2021 en étaient équipés.

lexplorateurdugout.com

Le Philtre Vodka se lance aussi dans la recharge en 2022 : muni de votre Flacon, vous pouvez aller le recharger dans les points de vente grâce à une cuve en inox pour la somme de 34 euros versus 49 euros. Mais avec seulement 6 petits points de vente pour le moment sur toute la France…

Un sursaut à envisager

Alors au lieu de nous claquer des collabs événementielles avec tantôt des stars de Top Chef, tantôt des événements tout claqués, voilà un sujet sur lequel les marques, les distributeurs, les bartenders ou encore la Fédération Française des Spiritueux feraient bien de se pencher : Comment proposer une offre de consigne pratique et fonctionnelle, déployable facilement et rapidement à l’échelle nationale pour le CHR et les particuliers. Chiche ?

Author

Fondateur de ForGeorges - plus de 1 000 bars testés à travers le monde - prend autant de plaisir à tester un nouveau bar, que déguster un spiritueux ou un verre de vin en bonne compagnie ! Spécialiste de la loi Évin et dénicheur de bonnes idées et innovations pour les marques d'alcool ! Son cocktail préféré ? Tous à partir du moment où ils font passer un bon moment (mais ne crache jamais sur un old fashioned bien réalisé ! ). Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...) Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...)

Write A Comment

NOUVELLE Newsletter

Gratuite, une fois par semaine, avec les actualités cocktails et spiriteux à ne pas louper, le tout à la sauce ForGeorges !