Le groupe familial français a dévoilé ce 4 juin ses résultats pour l’exercice 2025-26. Chiffre d’affaires quasi stable en organique, rentabilité en recul et plan de transformation lancé en urgence : voici ce qu’il faut retenir.
Une stabilisation en trompe-l’œil
Rémy Cointreau a réalisé un chiffre d’affaires de 935,3 millions d’euros sur l’exercice 2025-26, en progression de 0,2% en organique. En données publiées, le recul est en revanche de 5,0%, sous l’effet d’un change défavorable de 5,2%, principalement lié à l’évolution du dollar américain et du renminbi chinois.
La marge brute s’est détériorée de 3,7 points en organique, à 65,8%. Le groupe explique cette dégradation par les droits de douane additionnels, dont l’impact a été partiellement compensé par une gestion plus maîtrisée des coûts de structure et des investissements marketing.
Le résultat opérationnel courant (ROC) s’établit à 165,4 millions d’euros, en baisse de 11,5% en organique et de 23,8% en données publiées. La marge opérationnelle courante tombe à 17,7%, contre 22,0% l’an dernier. Le résultat net part du groupe atteint 78,7 millions d’euros, en recul de 35,1% en publié.
Le cognac sous pression
La division Cognac concentre l’essentiel des tensions. Son chiffre d’affaires a reculé de 0,5% en organique, avec une hausse des volumes de 7,8% mais un effet mix-prix de -8,3%. Autrement dit, le groupe a vendu davantage, mais à un prix moyen inférieur.
Les Amériques ont constitué le principal moteur de la division, portées par une base de comparaison favorable et par les premiers résultats des actions engagées pour revitaliser Rémy Martin VSOP. En Asie-Pacifique, le marché chinois reste sous pression, mais Rémy Martin y gagne néanmoins des parts de marché. Le reste de l’Asie affiche une croissance solide sur le VSOP et le XO.
Le ROC de la division Cognac s’établit à 141,5 millions d’euros, en baisse de 12,6% en organique. Sa marge recule à 24,7%, contre 30,2% un an plus tôt.
Les liqueurs résistent
La division Liqueurs & Spiritueux fait figure d’exception dans ce tableau morose. Son chiffre d’affaires progresse de 2,8% en organique, porté par de bonnes performances de Cointreau, The Botanist et Bruichladdich. Ce dernier profite d’une reprise en Chine et d’une solide dynamique au Japon.
Les Amériques restent le principal moteur de la division, tandis que l’EMEA affiche une performance plus contrastée. Malgré cette croissance du chiffre d’affaires, le ROC recule de 3,1% en organique, à 43,1 millions d’euros, principalement en raison des droits de douane additionnels qui pèsent sur la marge brute.
Dette et dividende
Sur le plan financier, la dette nette du groupe s’établit à 690,4 millions d’euros au 31 mars 2026, en hausse de 15 millions d’euros sur un an. Le ratio dette nette/EBITDA monte à 3,22x, contre 2,40x l’exercice précédent, un signal de vigilance, même si le groupe précise qu’il s’agit d’un effet mécanique lié à la baisse de l’EBITDA.
Le free cash-flow s’améliore nettement, à 53,8 millions d’euros contre 19,2 millions l’an dernier, grâce à une gestion plus rigoureuse du besoin en fonds de roulement. Le taux de conversion cash passe de 10% à 27%.
Le dividende reflète cette prudence : l’Assemblée générale du 21 juillet prochain sera invitée à voter un dividende de 0,75 euro par action, contre 1,50 euro en 2024-25, dont 0,50 euro en numéraire et 0,25 euro assorti d’une option de paiement en numéraire ou en actions. La priorité affichée reste le désendettement.
RC Forward en urgence
Face à la pression de l’environnement macroéconomique, Rémy Cointreau lance un plan de transformation baptisé RC Forward, articulé autour de trois axes. Le premier cible plusieurs projets de croissance majeurs : le lancement d’une innovation de rupture pour Rémy Martin aux États-Unis au premier trimestre 2027-28, la valorisation du potentiel de Rémy Martin XO et de la division Prestige, le développement des marchés émergents via une nouvelle entité dédiée, et l’expansion du Travel Retail, avec l’ambition d’en doubler la taille en trois ans.
Le deuxième axe porte sur l’efficacité commerciale : distribution, revenue growth management et optimisation des investissements en communication. Le troisième vise des synergies d’achats à l’échelle du groupe.
L’objectif affiché est de générer environ 100 millions d’euros de création de valeur au niveau du ROC d’ici 2028-29 par rapport à 2025-26. Les objectifs à moyen terme seront détaillés le 25 novembre prochain.
Pour 2026-27, le groupe anticipe un retour à la croissance organique du chiffre d’affaires et une légère amélioration organique de la marge opérationnelle courante, avec toujours un effet de change défavorable estimé entre 15 et 20 millions d’euros sur le chiffre d’affaires.
