Après la framboise de Chambord et la fleur de sureau de St-Germain, la famille Cooper s'attaque à la pêche de vigne. La liqueur Juliette, titrée à 18 %, fait son entrée au Royaume-Uni (après les US en 2023) via le distributeur Nightcap Brands, et en France via IQ Spirit. Un fruit bien français avec une marque pensée d'abord pour les bars anglo-saxons.
Les Cooper, la liqueur « à la française » comme métier
Le nom Cooper ne dit pas grand-chose au grand public. Au comptoir, c'est une autre histoire. La famille, via sa maison Charles Jacquin et Cie, est à l'origine de Chambord, de St-Germain et de Domaine de Canton. Juliette est sa dernière création, signée John Cooper.
Le schéma est rodé : un fruit ou une fleur à forte identité française, un flacon travaillé qui se remarque en fond de bar, une cible claire, celle des bartenders américains en priorité, puis le reste du monde. Il a fonctionné au point d'attirer les géants : Chambord est passé chez Brown-Forman en 2006, St-Germain chez Bacardi en 2013.
Rien ne dit que Juliette suivra la même trajectoire. Mais la méthode est la même, et le passage par Londres, marché test du bar européen, n'a rien d'un hasard.
La pêche de vigne, le vrai sujet de la liqueur Juliette
La base de Juliette, c'est la pêche de vigne : une petite pêche à chair rouge, traditionnellement associée à la vallée du Rhône. Selon le communiqué, ces pêchers étaient plantés au milieu des vignes pour signaler l'arrivée des maladies. Un rôle de sentinelle plus souvent attribué aux rosiers en bout de rang, mais l'image fonctionne.
Les fruits sont cueillis à la main sur une fenêtre courte, fin juillet. D'où le nom : Juliette, clin d'œil au mois de juillet. D'après les fiches des revendeurs britanniques, les pêches entières macèrent environ cinq semaines dans une eau-de-vie, avant d'être assemblées avec du sucre et un brandy de trois ans.
Une liqueur de pêche taillée pour le bar
À 18 %, Juliette joue dans la catégorie des liqueurs légères, loin des schnaps de pêche sucrés qui ont fait les beaux jours des années 1990. Côté aromatique, la marque annonce du chèvrefeuille et de la vanille autour du fruit.
Les usages mis en avant sont classiques : Spritz, Bellini, et des accords avec bourbon, tequila ou champagne. Aux États-Unis, la marque pousse par exemple une variation de Manhattan au bourbon et à la liqueur de noix. Pour un Bellini, la liqueur ne remplacera pas une purée de pêche blanche, mais elle peut la renforcer ou dépanner hors saison.
Chez Nightcap Brands, le fondateur Ciaran McNicholas estime que le marché britannique n'a pas d'équivalent et vise les bars haut de gamme et les cavistes spécialisés. Discours de distributeur, évidemment. La critique a été plus nuancée : Difford's Guide regrettait une acidité citronnée un peu marquée et une bouteille d'un litre (aux US) peu adaptée à une liqueur à 18 % qui s'oxyde une fois ouverte.
Prix, disponibilité et zones d'ombre
Au Royaume-Uni, Juliette est affichée à 38 livres le flacon, soit un peu plus de 40 euros. Elle est d'abord disponible en ligne chez The Whisky Exchange et Master of Malt. Les références en bars et restaurants doivent suivre, sans calendrier précis.
Aux États-Unis, où la liqueur est lancée depuis 2023, elle se vend autour de 50 dollars le litre, avec une présence ciblée à New York, Los Angeles et Philadelphie. Et en France ? On la trouve autour de 35 euros.
Une liqueur de pêche de vigne, faite en France, vendue à New York, Londres puis Paris : c'est tout le paradoxe du modèle Cooper, qui vend le terroir français d'abord à ceux qui en sont le plus loin. Avant de se faire racheter une fois de plus par un grand groupe ?
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
