Les vins de Bordeaux font les gros titres des journaux cette semaine, suite à la condamnation d’une association anti-pesticide. Celle-ci a épinglé la présence de substances indésirables dans des vins issus de domaines labellisés HVE, c’est-à-dire Haute Valeur environnementale. Même si le CIVB s’en réjouit et crie victoire, de notre avis, les répercussions risquent d’être bien plus néfastes… 

Le label HVE c’est quoi ?

Ce label certifie la “qualité environnementale” de l’exploitation qui est à l’origine de ce produit. Pour l’obtenir, l’agriculteur doit apporter la preuve qu’il a fait des efforts pour améliorer l’impact de son activité sur l’environnement.

Des efforts ? Mais quantifié ? Encadré par un cahier des charges que beaucoup trouvent incohérent. Et c’est bien cela qui fait grincer des dents. De la même façon que de plus en plus de vignerons font figurer “Domaine en viticulture raisonnée“. Mais “raisonné” par rapport à quoi ? Un vigneron bio croisé sur le salon Millesime Bio nous étalait il y a quelques années son exaspération : “j’ai des voisins qui ont déchargé des tonnes de pesticides sur leurs vignes pendant 30 ans. Depuis cette année, l’un s’est mis à réduire. Même s’il en met toujours bien trop, il affiche clairement qu’il fait de la viticulture raisonnée ! Quelle bouffonnerie. Raisonné, c’est bien beau, mais par rapport à quoi ? “. 

Et c’est justement pour dénoncer des labels qui se disent un peu trop green que l’association de Valérie Murat a mené une campagne à charge, médiatisée en s’appuyant sur les analyses de plusieurs cuvées issues de domaines labellisés HVE.  

Pour réaliser cette analyse, son association “Alerte aux toxiques” a fait appel au très sérieux laboratoire Dubernet (qui a communiqué par la suite être en désaccord avec les conclusions faites par Valérie Murat). Mais que dit cette analyse si explosive? Et bien que des vins HVE étudiés révèlent des traces de substance que l’on aimerait mieux voir ailleurs que dans un verre de vin : « 2 bouteilles contiennent des perturbateurs endocriniens, 11 au moins un CMR, 9 au moins un SDHI, 4 un neurotoxique, 4 des substances dangereuses pour le fœtus… » explique le communiqué de l’association visible sur leur site Internet, page 5). Cependant, ces traces décelées dans les analyses sont bien inférieures aux taux autorisés en France et respectent donc la réglementation en vigueur.

Tout aurait pu se tarir, mais la grande armée du vin de Bordeaux s’est accaparée du problème et s’est mise à l’attaque (26 associations et fédérations représentatives des vins de Bordeaux) pour attaquer l’association … qui se voit devoir verser 125 000 euros dont 100 000 au CIVB suite au verdict du jugement du tribunal de Libourne pour “dénigrement” !

Comment se coller tout seul une mauvaise image…

Pourquoi c’est une mauvaise chose ? Déjà, car ce combat est David contre Goliath. Et tout ce que les consommateurs reprochent aux vins de Bordeaux est synthétisé dans ce procès : des associations puissantes, qui ne savent pas se remettre en question et qui attaquent à tour de bras tout ce qui pourrait les pousser à innover. À une époque où les consommateurs veulent de la transparence, le CIVB a réussi avec ce procès à mettre la lumière auprès du grand public sur le fait que le label HVE n’est pas si green qu’on voudrait bien le faire croire.

N’aurait-il pas été plus logique d’expliquer plutôt que d’attaquer ? Par orgueil, en voulant redorer son blason, les vins de Bordeaux ont surtout mis la lumière sur une vision qui semble de plus en plus éloignée de ce que les consommateurs recherchent… Même si les méthodes menées par l’association sont contestables sur la forme, la façon dont le CIVB a mené sa contre-offensive est dommageable et on peut s’interroger si la perte d’image ne sera pas largement supérieure aux quelques 100 000 euros récupérés par cette triste bataille judiciaire… Et qu’elle risque de bien de toucher plus large que les quelques domaines labellisés HVE de Bordeaux cités dans l’analyse. Cette médiatisation de l’affaire a désormais attisé le regard de bien plus gros medias d’investigation.

 
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Fondateur de ForGeorges - plus de 1 000 bars testés à travers le monde - prend autant de plaisir à tester un nouveau bar, que déguster un spiritueux ou un verre de vin en bonne compagnie ! Spécialiste de la loi Évin et dénicheur de bonnes idées et innovations pour les marques d'alcool ! Son cocktail préféré ? Tous à partir du moment où ils font passer un bon moment (mais ne crache jamais sur un old fashioned bien réalisé ! ). Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...) Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...)

2 Comments

  1. Wahou, pas du tout limité à une seule vision de l’histoire votre article !
    Les pratiques du CIVB ne sont pas les plus vertueuses, loin de là ! Mais le label HVE c’est aussi l’occasion pour plusieurs viticulteurs et autres agriculteurs (puisque ce n’est pas limité à la viticulture) de valoriser enfin des pratiques qu’ils utilisent depuis plus de 30 ans pour certains parce qu’ils ont fait le choix pour assurer leur revenus de ne pas rentrer dans l’agriculture biologique, des pratiques à faible rendement.
    N’oublions pas par ailleurs que le bio n’est pas non tout vert notamment avec l’utilisation du cuivre qui s’accumule dans le sol et peut détruire à jamais la vie microbienne indispensable à la régénération des sols.
    A bon entendeur

    • Georges Reply

      Merci pour ce retour Serious, même si je pense que l’article a mal été compris. Le but est moins de critiquer ces appellations et ceux qui essaient de bien faire en utilisant moins de pesticides (bien qu’il y ait un gros travail à faire de ce côté là pour leur donner une vraie vision et pas juste un nom, et écarter au passage certains tricheurs qui utilisent “viticulture résonnée” à tout va…), mais plus de critiquer l’action du CIVB qui a obtenu exactement l’effet inverse de ce qui était recherché… en mettant la lumière dessus.
      Quand au cuivre et l’agriculture biologique, nous pourrions en discuter plus en détail si vous n’étiez pas en anonyme… à bon entendeur !

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