Pas de coffret d’automne cette année. Diageo a confirmé à The Spirits Business la mise en pause immédiate de ses Special Releases, la collection annuelle de single malts brut de fût lancée en 2001. L’édition 2026 n’existera donc pas. Et pour la suite, le groupe ne s’engage sur rien.
Special Releases 2026 : l’annonce qui n’a jamais eu lieu
D’habitude, octobre ou novembre, c’est le moment où Diageo dévoile sa nouvelle sélection. Les amateurs guettent, les cavistes préparent les allocations, les collectionneurs font leurs comptes.
Cette année, à la place d’une collection, un communiqué de deux lignes. Le groupe explique prendre le temps d’analyser les retours reçus, afin que ses futures sorties correspondent aux attentes actuelles des consommateurs et des clients.
Formulation prudente, qui laisse beaucoup de questions ouvertes. Diageo ne précise pas de quels retours il s’agit, ni si la série reviendra en 2027, ni sous quelle forme. À ce stade, aucune information n’a été communiquée sur le marché français ou sur d’éventuelles bouteilles déjà produites.
25 ans de whiskies brut de fût, de Port Ellen à Horizons Unbound
Pour mesurer ce que représente cette pause, il faut revenir aux origines. En 2001, Diageo lance les Special Releases avec seulement trois bouteilles, dont la toute première édition Port Ellen. L’année suivante, la collection passe à sept références et accueille le premier Brora.
De 2003 à 2017, la série s’installe avec neuf à onze bouteilles par an. Son principal argument : des single malts issus de deux distilleries fermées, Port Ellen sur Islay et Brora dans les Highlands. Des stocks qui ne se renouvelaient pas, donc une rareté réelle, pas fabriquée.
Le tournant arrive en 2018. Diageo ayant annoncé l’année précédente la réouverture des deux distilleries, elles disparaissent de la collection. Brora redémarre en 2021, Port Ellen en 2024, et les deux mènent depuis leur propre vie commerciale, en dehors des Special Releases.
À partir de 2019, la collection change de format : huit bouteilles, un thème annuel et des étiquettes au graphisme commun. Les deux dernières éditions s’appelaient Spirited Xchange Second Edition (2024) et Horizons Unbound (2025). Une série plus lisible, plus marketée aussi, mais privée de ses deux noms les plus recherchés.
Une pause dans un Diageo en pleine cure d’austérité
La décision ne tombe pas dans le vide. Depuis l’arrivée de Dave Lewis à la tête du groupe fin 2025, Diageo a engagé une restructuration profonde. Le numéro un mondial des spiritueux a annoncé la suppression de 2 000 postes, dont 150 en Irlande et 305 en Amérique du Nord, où le centre de visite d’Aviation Gin a fermé en juillet.
En Écosse, le climat social reste tendu. En août, le syndicat GMB Scotland reprochait au groupe de refuser le dialogue sur les suppressions d’emplois dans ses distilleries de Scotch. Ce mois-ci, des grèves ont été suspendues à la distillerie de Cameronbridge.
Diageo ne fait aucun lien officiel entre ce contexte et la pause des Special Releases. Mais difficile de ne pas voir la cohérence : quand une direction passe chaque activité au crible, une collection annuelle coûteuse à produire, à concevoir et à distribuer en quantités limitées devient une cible logique.
Un marché des whiskies de collection en berne ?
Au-delà de Diageo, le marché secondaire du whisky rare, qui avait flambé pendant les années 2010, s’est nettement calmé ces dernières années. Les bouteilles achetées pour être revendues ne garantissent plus la plus-value d’autrefois, et une partie de la clientèle de ces éditions limitées achetait justement dans cette logique.
Autre élément : depuis 2018, la collection ne bénéficie plus de l’effet Port Ellen et Brora. Les distilleries qui la composent désormais (Lagavulin, Talisker, Mortlach, Oban et consorts) restent très respectées, mais elles proposent déjà des éditions spéciales hors série. La singularité des Special Releases s’est diluée.
Reste à savoir si cette pause est un simple ajustement de calendrier ou la fin de la collection. Le mot choisi par Diageo, « pause », laisse la porte ouverte. Le flou qui l’entoure, lui, ne rassure pas vraiment les fidèles qui suivaient la série depuis un quart de siècle.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
