Chez ForGeorges, on a un faible assumé pour le calvados. Il y a quelques semaines encore, on suivait le CalvaClub 2026 : 48 heures en Normandie entre vergers, chais et assemblages à l’aveugle. Alors quand un calvados jeune arrive dans les bars de Londres avec Adam, Ève et un serpent sur l’étiquette, on regarde de près. Bad Appel sort des sentiers battus, et c’est bien ce qui le rend intéressant.

Un calvados du Pays d’Auge pensé pour le comptoir

Bad Appel a été lancé le 2 novembre 2026 dans les bars et restaurants britanniques. Derrière le projet, Charles Marshall, cofondateur de Spirit Cartel, une structure britannique qui crée et développe des marques de spiritueux.

Le liquide vient du Pays d’Auge. La marque le présente comme une eau-de-vie jeune « qui ne se cache pas derrière le bois ». Comprendre : un calvados où le fruit passe avant le fût, ce qui en fait un candidat naturel pour le cocktail.

Côté habillage, la marque joue la carte du clin d’œil : flacon de 70 cl façon apothicaire, 40 % vol., Adam et Ève sur l’étiquette et un serpent qui s’enroule jusqu’au col. La pomme défendue, version normande.

Plusieurs points restent dans l’ombre. Le producteur qui distille Bad Appel n’est pas nommé (même si seule une poignée de producteur coche les cases), aucune mention d’âge n’est communiquée et le prix n’a pas été dévoilé.

Pourquoi Londres, pourquoi maintenant

Le point de départ est simple : seuls 35 % des adultes britanniques ont déjà entendu parler du calvados. Pour une catégorie aussi méconnue, inutile de commencer par un discours sur le terroir. Charles Marshall le dit à sa manière : la première rencontre avec le calvados doit se faire dans le verre.

D’où une stratégie de terrain. Les premières références sont trois adresses londoniennes : Kwānt Mayfair, Café Clement et le St Clement Hotel. L’objectif affiché est que les établissements gardent la bouteille à portée de main, sur le plan de travail plutôt qu’en vitrine.

La campagne de lancement, baptisée « Corrupt the Classics », invite les bartenders à revisiter les grands classiques avec du calvados. Le timing a du sens : selon NIQ, la préférence des consommateurs britanniques pour les cocktails classiques a reculé de six points en 2025, à 46 %. Plutôt que de proposer un classique de plus, Bad Appel propose de les détourner.

Le calvados en cocktail, une voie qui se confirme

Ce lancement intervient dans un contexte où la catégorie est en plein mouvement. Selon l’Interprofession des Appellations Cidricoles (IDAC), les ventes de calvados ont reculé de 5,6 % en 2025, à 4 348 000 bouteilles. La récolte 2026 n’arrange rien : au CalvaClub, la Distillerie des Ambres évoquait une chute d’environ 200 tonnes de pommes à 2 tonnes après la sécheresse.

Face à ça, le cocktail apparaît de plus en plus comme le levier de relance. C’est le message que porte l’interprofession depuis plusieurs années, comme le rappelait Damien Amadou dans notre interview. Et c’est ce qu’on a vu en Normandie en septembre : Emma Duroux (L’Antiquaire, Lyon) a remporté le CalvaClub avec un cocktail à base de calvados VS, de pomme verte, de liqueur de noisette et d’eau d’huître. Un calvados jeune, justement.

Bad Appel n’est pas seul sur le marché britannique. Mais la démarche diffère : là où les maisons normandes partent de leur histoire, Bad Appel part du comptoir et parle directement la langue des bartenders.

Ce qu’il faudra surveiller

L’approche a de quoi bousculer la catégorie calvados. Une marque extérieure à la Normandie, une image décalée, un liquide jeune assumé : sur le papier, la formule coche les bonnes cases pour les bars à cocktails.

Reste à voir si l’opération dépassera le cercle de quelques adresses de Mayfair. Et surtout si elle profitera à l’ensemble du calvados, ou seulement à une marque. La question du producteur se posera aussi : dans une catégorie qui mise sur l’appellation, la transparence sur l’origine compte.

On suivra ça de près. Parce qu’un calvados qui donne envie aux bartenders londoniens de jouer avec, c’est une bonne nouvelle pour tout le monde au verger.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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Fondateur de ForGeorges - plus de 1 000 bars testés à travers le monde - prend autant de plaisir à tester un nouveau bar, que déguster un spiritueux ou un verre de vin en bonne compagnie ! Spécialiste de la loi Évin et dénicheur de bonnes idées et innovations pour les marques d'alcool ! Son cocktail préféré ? Tous à partir du moment où ils font passer un bon moment (mais ne crache jamais sur un old fashioned bien réalisé ! ). Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...) Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...)

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