Arnaud Robert : “On essaie de travailler sur des supports toujours plus innovants que ce soit via les textures, les odeurs, les rendus.”

Arnaud Robert Srami

Aujourd’hui, nous partons à la rencontre d’un métier de l’ombre, mais qui permet de mettre la lumière sur les marques d’alcool. Il imagine, façonne et produit ce qui fera vivre une expérience spéciale aux consommateurs. Rencontre avec Arnaud Robert.

Quel est ton parcours ? 

J’ai fait une formation chef de produit et au cours de mon dernier stage, j’ai découvert le milieu de la scénographie, de la théâtralisation et de l’aménagement du point de vente. Ce fut un déclic pour moi, car j’avais peur de m’ennuyer dans le métier de chef de produit. 

J’ai découvert un métier lié à mes études, mais aussi à un aspect très manuel qui me correspondait le mieux. 

Parlons de ton agence SRAMI.

À l’origine, c’est mon papa qui a racheté une imprimerie il y a 10 ans. Et mon père m’a demandé si ça m’intéressait de le rejoindre et de développer ma propre activité de scénographie. Cela fait 5 ans que j’ai rejoint SRAMI et je gère toute la partie communication marketing 360. 

Quelles sont vos missions ? 

Le métier premier, c’est l’impression et tout ce qui tourne autour de l’impression. Aussi bien technique que conseil. Nous travaillons beaucoup avec les métiers du luxe, les spiritueux, les cosmétiques.

La deuxième partie est celle liée à la scénographie : mise en avant, boutique, agencement d’événements. 

Ensuite, nous avons une partie plus conceptuelle dans le rituel de service, lié à l’outil. On travaille sur des kits de vente aussi bien en grande série, qu’à l’échelle de prototypage à quelques exemplaires. 

Enfin la partie graphisme / 3D où l’on développe les identités de marque. Par exemple, on vient de travailler sur le nouveau design du logo Mouton cadet pour la gamme Green Cadet. 

Tout ça mis bout à bout, c’est presque un seul et même métier, car on part de la conception de l’univers jusqu’à la fabrication et la mise en place sur les lieux de vente. 

Y a-t-il des spécificités liées au secteur des spiritueux ? 

La première, c’est de jouer avec la Loi Evin. Quand je dis jouer, c’est tout en respectant la loi Evin. Notre but, c’est de vendre du rêve et non du poison. On a tous la même passion et c’est de la faire perdurer et non d’en faire un vice pour chacun. Le plus compliqué, c’est que le marché comporte de plus en plus d’acteurs depuis quelques années. 

Sur la partie scénographie, comment pousser l’expérience encore plus loin ? 

On essaie de travailler sur des supports toujours plus innovants que ce soit via les textures, les odeurs, les rendus. Malheureusement le frein que l’on a est que l’on se trouve toujours confronté à des coûts, car nous produisons en petits volumes. Nous sommes souvent la cinquième roue du carrosse, car les marques ont leurs grandes agences qui développent leur univers de marque 2 à 3 ans avant. Et nous on essaie de leur apporter, avec nos connaissances, des supports supplémentaires. Mais nous restons tributaires des marques et de leur budget. 

Nous essayons aussi de les sensibiliser et de les faire changer sur certains points. Par exemple, sur tout ce qui est HVE qui est un sujet important. Cela fait plusieurs années qu’on leur propose de travailler avec des choses réutilisables, et interchangeables afin que tout ne soit pas jeté car juste un logo change. Cela fait 3 ans que l’on essaie de leur passer le message, car outre l’aspect écologique, il y a aussi un aspect économique : coût de fabrication, coût logistique et coût d’entretien.  

Des demandes folles ? 

Il y en a tellement (rires). On a eu des vitrines à faire avec des effets kaléidoscopiques pour que ça change en fonction de l’angle de vue du client dans la rue, et avec une réaction sonore en fonction des gens qui passaient devant la vitrine. Faire ça dans Paris a été une vraie galère, avec des contraintes “sportives”. 

Une réalisation vraiment réussie à partager avec nous ? 

Le stand Ardbeg au Whisky live l’année dernière. Quand nous avons dessiné le stand, nous avons poussé le côté immersif avec du sable imprimé au sol sur lequel nous avions ajouté du vrai sable pour avoir le bruit quand les gens marchent. On a travaillé sur des pelliculages façon pierre. On a poussé l’expérientiel au maximum sur 12 mètres carrés. 

Avec l’épidémie, est-ce que l’expérience proposée va changer ? 

D’une certaine manière oui. Notre métier va consister à aider les marques à voir ce qui se passe sur le terrain. Notre avantage est que l’on est tout le temps sur le terrain, car nous restons des amateurs de spiritueux avant tout. On essaie d’apporter notre aide via le choix des matériaux pour faciliter les règles d’hygiène. Mais que ça reste tout de même esthétique pour faire oublier aux consommateurs ce qu’il se passe. On nous demande maintenant si c’est résistant aux nettoyages. Nous faisons beaucoup de tests pour s’assurer de tout cela. 

Es-tu un amateur de bars à cocktails aussi ? 

Oui, mais c’est beaucoup beaucoup trop compliqué pour le commun des mortels. J’adore les cocktails et je fais plein d’établissement. Mais c’est devenu beaucoup trop compliqué et je n’arrive rien à retenir de ce que j’ai consommé. Donc je suis amateur de cocktails classiques. 

Si on fait le lien entre ton métier et les bars à cocktails : est-ce que l’expérience proposée va suffisamment loin ? 

Je suis admiratif de la créativité de certains, notamment Regis Celabe du Secret 8 avec des verreries incroyables pour raconter des histoires. 

Mais de temps en temps, je trouve que certains barmen oublient que nous sommes sur quelque chose de gustatif. Ils vont trop sur le graphisme et où l’on ne comprend pas ce que l’on boit. Mais je suis admiratif des rituels de service qui sont mis en place. Maintenant nous avons l’impression d’aller dans un restaurant gastronomique lorsqu’on va dans un bar à cocktails.
J’en profite pour faire une dédicace au Trio Bordelais qui me manque : Le Point Rouge, Le Cancan et le Symbiose.

Arnaud Robert Srami


 

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