Il y a des distilleries qu'on visite. Et il y a des distilleries qu'on vit. The Dalmore a clairement décidé de basculer dans la deuxième catégorie. Depuis le 27 avril 2026, la maison écossaise rouvre les portes de son site des Highlands, entièrement repensé, sur les rives du Cromarty Firth. Et autant le dire tout de suite : ce n'est pas un simple centre de visite qu'ils ont construit là.

Une distillerie qui ne ressemble à aucune autre
Ce qu'a imaginé The Dalmore, c'est une expérience entièrement privative, pensée de A à Z pour que chaque passage dans ses murs raconte quelque chose. Pas de groupe de touristes en file indienne, pas de panneau plastifié qui explique ce qu'est un alambic. Ici, chaque visite est unique : les invités échangent en amont avec un concierge dédié pour personnaliser leur parcours. C'est le niveau au-dessus.
Concrètement, ça donne quoi ? Un parcours en coulisses de la production, du kiln réhabilité à la Mash House, en passant par la Tun Room avec ses cuves de fermentation XXL, ponctué de moments sensoriels, de surprises et d'une dégustation guidée en finale. Avec, pour conclure, une sélection de whiskies issus de la Principal Collection et d'éditions exclusives à la distillerie.
L'architecture comme œuvre à part entière
Pour refaire le site, The Dalmore a confié le projet à l'agence glaswégienne ThreeSixty Architecture. La contrainte n'était pas mince : réhabiliter des bâtiments victoriens tout en intégrant une ambition contemporaine, sans jamais toucher à ce qui fait le caractère unique du single malt, à savoir la configuration atypique des alambics. De nouveaux alambics en cuivre ont donc été reproduits avec une précision extrême pour préserver exactement le même profil aromatique. Rare, comme exigence de design.
Le résultat, c'est une succession d'espaces qui jouent avec la lumière, la compression et la dilatation des volumes. L'ancienne tour de séchage à triple hauteur avec son toit pagode d'origine, des galeries immersives, une plateforme surélevée qui donne à voir la salle des alambics dans son intégralité… Le tout décrit comme "cinématographique" par ses concepteurs, et pour une fois ce n'est pas du marketing creux.

La pièce maîtresse : une verrière de 10 mètres signée John Kenneth Clark
Si un seul élément devait résumer l'ambition de ce projet, ce serait bien la verrière monumentale en verre fusionné qui habille la salle des alambics. Dix mètres de haut, réalisée par l'artiste écossais John Kenneth Clark selon une technique de superposition de perles et de textures cuites au four, avec jusqu'à 25 % du résultat laissé à la réaction chimique et au hasard.
L'œuvre fonctionne comme un récit visuel de la fabrication du whisky : des tonalités terreuses à la base, l'orge, l'eau, la distillation au milieu, et tout en haut la "part des anges", ce voile scintillant et éthéré qu'on connaît bien. Tout au long de la journée, la lumière naturelle du Cromarty Firth traverse la verrière et projette des nuances d'ambre, de cuivre et de rubis sur les alambics. L'espace industriel devient quelque chose d'autre. Quelque chose qui appartient autant au monde de l'art contemporain qu'à celui du whisky.
Des artistes soigneusement choisis pour habiter les espaces
Derrière la curation artistique, on trouve Maria Katehis, fondatrice de MK Studios à Londres, qui a tissé un programme cohérent autour de la philosophie maison : Enriched by Design.
L'espace d'accueil est confié à Iseabal Hendry, artiste des Highlands qui travaille le cuir tanné végétal, le coton et le bois local selon des savoir-faire ancestraux : tressage, construction clinker, broderie. Ses sculptures Cuan Gorm, Cuan Uaine et Bràisteach créent immédiatement un sentiment d'appartenance au lieu, ancré dans le paysage du Cromarty Firth.
Les espaces de la distillerie accueillent également les œuvres d'Amanda J Simmons, verrier basée à Dumfries and Galloway, dont la pratique repose sur la gravité, la chaleur et le temps pour former des compositions riches en couleur et en profondeur. Un parallèle évident, et très bien vu, avec la fabrication du whisky elle-même.
À cela s'ajoute The Anthology, une collection de livres d'art, design et architecture conçue avec le V&A Dundee, et des fragments d'archives issus de l'Université de Glasgow intégrés discrètement dans l'expérience. Le passé de The Dalmore, fondée en 1839, n'est pas mis sous cloche : il dialogue avec le présent.

Comment réserver ?
Les réservations sont ouvertes jusqu'en avril 2027 sur thedalmore.com. La demande est forte, la liste d'attente déjà activée. Les membres du Dalmore Guild (inscription gratuite sur le site) ont accès aux informations en avant-première.
Pour les amateurs de single malt qui veulent aller plus loin qu'une simple dégustation, c'est probablement l'une des expériences distillerie les plus abouties du moment en Écosse. The Dalmore n'a pas construit un musée. Il a construit quelque chose qui vit et qu'on a hâte d'aller découvrir (Maxime, si tu nous lis...).
