Nous voilà le 1er Février. Pour beaucoup, cela ne signifie pas grand-chose. Pour d’autres, cela signifie la fin de leur Dry January (Janvier sans alcool en français pour les moins bilingues d’entre nous). Cette année, cette opération lancée en Angleterre a fait couler beaucoup d’encre, en France…

Dry January en 2022 de notre côté.

Commençons par nous. Certaines années, nous l’avons fait. D’autres non. Car la bonne nouvelle, c’est qu’en démocratie, tout le monde est libre de faire ce qui lui chante. Cette année, ce fut un semi-Dry January, naissance de mon fils oblige. Ça veut dire quoi ? Pas d’alcool 95% du temps, sauf pour fêter cela avec des amis et la famille, raisonnablement. Mais pourquoi diable un mec qui bosse dans les spiritueux fait donc un mois sans alcool ? Et bien justement : car c’est mon métier ! Et qu’à force de déguster, il est bon de prendre un peu de recul. Ce qui pouvait être mal vu il y a encore quelques années devient une norme chez pas mal de marque d’alcool. ET honnêtement, 2022 a été l’année la plus facile pour le faire, avec un choix impressionnant d’options à disposition en bières, apéritifs, cocktails sans alcools.

D’ailleurs, il n’est pas rare d’échanger avec des bartenders, des brands ambassadeurs ou commerciaux qui font également Dry January. Certains même avec la bénédiction de leur employeur qui s’engagent dans la consommation responsable comme on l’appelle en France, ou l’étape suivante « Mindul Drinking » dans les pays anglo-saxons.

Rassurez-vous : l’intérêt pour les cocktails et spiritueux est toujours là. Et d’ailleurs, c’est souvent durant cette période de Janvier que je prends le temps justement de faire du tri dans mon bar : vendre ou jeter mes bouteilles qui n’ont plus d’intérêt à mes yeux, et racheter celles qui me font de l’oeil. Donc même pour les alcooliers, je reste un bon consommateur, même si je ne « consomme » pas au sens propre du terme.

Une année compliquée pour le mouvement Dry January

Mais, peut-être avez-vous moins vu de sensibilisation sur le sujet. Les Echos nous apprirent début Janvier que la campagne de cette année a été menée sans le soutien (traduire sans le pognon) de l’Etat : « Les associations reprochent à l’Etat de céder aux lobbies de l’alcool, en premier lieu les viticulteurs, qui agitent le spectre d’une campagne hygiéniste et inadaptée à « l’art de vivre » à la française. ». Forcément, en pleine année de campagne présidentielle, mieux vaut éviter de se mettre à dos une industrie qui pèse plusieurs centaines de milliers de votes potentiels.

Mais c’est sur France Culture qu’une excellente émission de La Méthode scientifique nous a interpellé. Le titre : « Alcool, un verre, est-ce que ça va ? » que l’on s’interroge. Est-ce que l’alcool ne serait pas en train de prendre la place du tabac : un ennemi à abattre ? « Poison social« , « ennemi de la santé publique« , « dégâts sociaux » , « partir sur un mois de Février à sec également« . Les mots sont lâchés, et ressemblent à un lynchage en règle : « Chaque verre d’alcool est nuisible, même à très faible dose, et dès les premiers verres d’après des études de 2018« .

Une chose nous interpelle. Où sont les marques d’alcool dans cette opération de Dry January ? Si on peut bien noter des opérations à l’étranger (Bacardi avec une formation autour du Mindful Drinking toute l’année, ou encore Pernod Ricard à travers sa dernière campagne « Drink more… water », une campagne qui s’inscrit dans le programme Responsible Party de la marque, cela reste quasi-introuvable en France.

Il est nécessaire que les marques prennent la parole sur le sujet !

Car est-ce que ce n’est pas ça le vrai problème ? Laisser le champ libre à des associations et scientifiques qui deviennent de plus en plus hygiénistes. Est-ce que les marques n’auraient pas intérêt à prendre la parole là-dessus ? Même si à premier abord, cela semble paradoxal, cela serait bénéfique à long terme pour l’industrie. Car n’oublions pas que l’industrie du vin lâchera sans vergogne l’industrie des spiritueux dès qu’elle se sentira en danger, pour protéger son marché !

Avec un public jeune qui semble se désintéresser du milieu des spiritueux, il est grand temps que les alcooliers prennent le sujet à bras le corps en France, au risque de se retrouver, dans une décennie, avec une polarisation « pas d’alcool » VS « beaucoup d’alcool ». Un silence assourdissant, qui pourrait bien être préjudiciable à tous…

Author

Fondateur de ForGeorges - plus de 1 000 bars testés à travers le monde - prend autant de plaisir à tester un nouveau bar, que déguster un spiritueux ou un verre de vin en bonne compagnie ! Spécialiste de la loi Évin et dénicheur de bonnes idées et innovations pour les marques d'alcool ! Son cocktail préféré ? Tous à partir du moment où ils font passer un bon moment (mais ne crache jamais sur un old fashioned bien réalisé ! ). Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...) Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...)

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