Vous ne verrez plus Beauvais de la même manière. Peut-être même que vous aurez envie de vous y arrêter pour découvrir un endroit et une bartender incroyable. Son nom : Camille Pila. Son lieu : la part des anges. Si vous voyez une Simca Chrysler garée dans les parages, c’est que vous êtes au bon endroit. Car Camille cultive une passion pour les années 70 – 80 qui va vous propulser dans un bon spacio temporel de quelques décennies.

Son idole principale est David Bowie, et comme lui elle puise et exploite un maximum de formes d’expressions différentes, car tout l’inspire : des peintures, des films, des musiques ou même des personnes, des livres, des sentiments, car « se limiter à une seule forme d’inspiration c’est réduire le champ des possibles !  »

Rencontre avec Camille Pila, preuve vivante que le bar peut vivre partout, tant qu’il y a de la passion !

Camille, quel ton parcours ?

J’ai fait mes premiers pas dans la restauration à l’âge de 9 ans quand mes parents ont fait l’acquisition d’un restaurant, au-dessus duquel se trouvait notre appartement. Petite, je tannais mon père pour des cocktails sans alcools à base de jus de fruits et givrés au sucre et la grenadine. Le soir, j’écumais la cuisine, et je restais aussi longtemps qu’on ne parvienne à me congédier. Sûrement la seule époque où j’ai pris du plaisir à faire la plonge ! Par la suite, j’ai entrepris des études dans le cinéma, à côté desquelles j’étais serveuse les week-ends. Je me suis rapidement rendu compte que j’étais plus stimulée dans mon travail qu’en restant assise 8h d’affilée sur les bancs de la fac, que j’ai quittés 4 mois plus tard.

Comment as-tu atterri dans le monde du bar, et depuis combien de temps?

J’ai atterri dans le monde du bar par le biais d’un vol Beauvais – Montpellier, où j’ai par hasard entendu parler d’Ypnotik. Deux semaines après, je démarrais un CQP en alternance dans un bar à cocktail.

On entend souvent des bartenders dire qu’il est difficile de proposer des cocktails en dehors de Paris et des grandes agglomérations, comment y parviens-tu à Beauvais ?

Je pense que les bartenders qui tiennent ce discours sont ceux-là même qui sont basés à Paris ou dans les grandes agglomérations.

Proposer des cocktails dans une petite ville c’est risqué, ça peut être « difficile » dans un premier temps, mais quand on y met du sien, qu’on est passionné et qu’on n’intellectualise pas trop la démarche de boire un cocktail, alors le tour est joué.

D’ailleurs, la satisfaction d’avoir initié et intéressé un public non averti est d’autant plus grande!

Si le bar n’existait pas, tu serais devenue… ?

Vendeuse de chouchou sur la plage !

D’ailleurs, donne-nous 3 arguments pour venir passer un week-end à Beauvais !

  • Regarder les avions décoller depuis le rond point de Tillé
  • Le meilleur Emmaüs de France
  • Le bar de la piscine a Savignies – no joke-

Dans ton établissement, quels sont les best-sellers ? Et à l’inverse, qu’est-ce qui est plus compliqué à proposer ?

Globalement, ce sont les cocktails à base de spiritueux français, que je m’efforce à mettre en avant, qui ont le plus grand succès. En revanche – à mon grand regret – l’amertume est une saveur plus difficile à aborder auprès de notre clientèle, mais ce qui se vend le mieux à La Part des Anges, bien au-delà des cocktails, c’est l’atmosphère familiale qui y règne – à l’inverse si vous recherchez un endroit où vous pouvez vous parler en chuchotant, la médiathèque est à deux pas !

Plus généralement, quelle est ta philosophie vis-à-vis du cocktail ?

Le cocktail est une partie de l’univers du bar à ne pas négliger, au même titre que l’expérience globale qu’on propose.

Pour ma part j’aurai tendance à retourner boire un cocktail qui ne sera pas forcément des plus réussis dans un établissement où j’aurai été bien accueillie et dans lequel j’aurai passé un bon moment plutôt que dans un autre où l’on mise tout sur la saveur en oubliant le côté convivial.

En bref, ce qui m’importe le plus vis-à-vis du cocktail est uniquement axé sur la satisfaction des clients.

As-tu un souvenir inoubliable derrière le bar à nous raconter ?

Pour éviter de vous écrire le premier tome de mon roman – où presque – je mentionnerai seulement les deux premières semaines de janvier 2019, quand ma mère, mon grand-père, et moi avons transformé le « restaurant – bar à vin » en « restaurant – bar à cocktail ».

À 20 ans, j’ai eu la chance de pouvoir observer l’établissement dans lequel j’ai grandi évoluer selon la voie que j’avais choisie, s’équiper d’une station et se munir d’un back-bar. C’est un souvenir inoubliable d’avoir pu disposer de la confiance de ma famille et d’avoir pu exprimer librement mes envies en étant aussi jeune.

Tu viens récemment de remporter le CalvaClub édition 2022. Peux-tu nous raconter l’expérience vécue ?

Pour vous éviter la lecture d’un deuxième tome, le CalvaClub en 3 mots :  Piscine, Peignoir & Pocito !

Quelle est l’inspiration derrière ton cocktail ?

L’envie de faire quelque chose de simple, qui me ressemble, axé sur la pomme, mes origines corses, et la rencontre de producteurs et d’artisans formidables qui m’ont accompagnée tout au long de ce projet!

Qu’est-ce qui t’a motivé à participer ?

Les retours que j’ai eu de l’édition précédente, et l’occasion de pouvoir participer à un des rares concours non brandé – et aussi pour siroter du calva à la paille !

Que comptes-tu faire avec les 1000 euros ?

Les 1000 euros se sont évaporés en tournées de calva, de picon tonic, 2 pleins d’essence sans plomb 98 pour Rosemary (ndlr : sa fameuse voiture Simca Chrysler) -et l’intégrale de Boby Lapointe en vinyle-

Que représente le Calvados pour toi ?

Passé : la lutte pour la reconnaissance d’un produit de qualité, trop souvent sous-estimé en comparaison d’autres spiritueux français, à tort. 

Présent : un milieu soudé et altruiste, d’une très grande diversité dans l’élaboration, fédéré par des personnages hauts en couleur et toujours animés par la même passion du travail bien fait.

Avenir : l’avenir du Calvados est entre les mains des producteurs, mais aussi des bartenders, à mon avis le meilleur reste à venir pour le Calvados !

Quel regard portes-tu sur les concours de bartenders de manière générale ?

Selon moi les concours de bartenders sont un excellent moyen pour donner de la visibilité au métier de barman ainsi qu’aux produits et techniques associés à cet univers.
C’est agréable de voir éclore de plus en plus de concours, et d’assister à une diversification des formats proposés.

Que peut-on te souhaiter pour les années à venir?

Vous pouvez me souhaiter de rester soudée avec ma famille dans nos projets à venir, de trouver plus de 45 tours pour alimenter le jukebox et de tomber sur l’album Non-Stop Erotic Cabaret de Soft Cell pour 1 euro à la brocante de Gisors.

La Part des Anges
1 Rue Gui Patin
60000 Beauvais

Author

Fondateur de ForGeorges - plus de 1 000 bars testés à travers le monde - prend autant de plaisir à tester un nouveau bar, que déguster un spiritueux ou un verre de vin en bonne compagnie ! Spécialiste de la loi Évin et dénicheur de bonnes idées et innovations pour les marques d'alcool ! Son cocktail préféré ? Tous à partir du moment où ils font passer un bon moment (mais ne crache jamais sur un old fashioned bien réalisé ! ). Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...) Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...)

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