Il y a des concours qui forment, et d'autres qui révèlent. The Bartenders Society semble appartenir résolument à la seconde catégorie. Benoît Guerin, bartender nantais et chef barman du Santeuil Café à Nantes, en sait quelque chose : deux participations, une victoire, et une vision du métier définitivement élargie. On l'a rencontré pour qu'il nous raconte, sans filtre, ce qui l'a poussé à franchir le pas, ce que le concours, organisé par les marques Saint James, Marie Brizard et Caraïbos, lui a appris sur lui-même, et pourquoi vous devriez, vous aussi, vous inscrire cette année.

Le déclic : une masterclass, un thème, une évidence

Benoît ne s'est pas inscrit par hasard. Si sa première participation, en 2024, a eu lieu, c'est parce que les étoiles s'étaient alignées de façon assez nette. « La masterclass de l'Ouest était à Nantes, au Santeuil. Donc ça m'a permis d'y participer facilement. » Pratique, certes. Mais surtout, la présentation de Stephen Martin ce jour-là a touché juste. « La résonance du thème collait bien avec ce sur quoi j'étais en train de travailler en perso, en technique de bar. Du coup, ça m'a donné envie. »

Ce n'est pas anodin. The Bartenders Society a cette particularité de proposer chaque année un thème suffisamment ouvert pour que chacun puisse y projeter quelque chose de personnel. Et quand le sujet rejoint ce qu'on est en train d'explorer derrière son bar, l'inscription devient presque naturelle.

Les doutes, oui. Mais surmontables.

Attention, Benoît ne prétend pas avoir sauté le pas sans hésitation. Les doutes, il les connaît bien. « Est-ce que j'aurai un cocktail suffisamment élaboré qui mélange l'arôme, le visuel et la technicité ? Le temps de préparation sera-t-il suffisant ? » Des interrogations universelles pour quiconque se lance dans un concours.

Sa réponse à lui, c'est la préparation, quasi obsessionnelle. « Me connaissant, je sais qu'il faut que je sois un peu plus carré que d'autres. Je peux vite perdre le fil. » Et dans cette préparation, il y a une vraie prise de risque assumée : pour sa première participation, il a délibérément travaillé une technique qu'il était encore en train d'apprendre. « Je ne la maîtrisais pas encore. Donc ça me demandait de bien la bosser. » Le concours devient alors un moteur d'apprentissage autant qu'une compétition.

Des étapes stressantes, mais humaines

Du dépôt de candidature à la finale, Benoît décrit un parcours intense mais bien rythmé. « Ça ne t'enlève pas l'anxiété, de te dire : "Plus qu'une semaine, j'espère que ça va le faire". Mais dans l'absolu, ce sont des étapes que je connaissais. » L'expérience de concours antérieurs aide, mais elle ne blindera jamais complètement contre le stress du jour J.

Ce qui change la donne, en revanche, ce sont les rencontres. Deux moments clés ont marqué son parcours. D'abord, la masterclass de Stephen Martin en 2024, celle-là même qui l'avait poussé à s'inscrire, riche, foisonnante, qui continue de nourrir sa pratique. Ensuite, la découverte de Matthias Giroud lors de la finale. « Une belle rencontre humaine. Un personnage hyper attachant, hyper riche. J'aime beaucoup la vision et l'approche qu'il a du monde du cocktail. » Et les tips partagés lors de cette masterclass ? Benoît les a réutilisés dès l'année suivante, pour sa deuxième participation. Le cercle vertueux s'est refermé.

Ce que la victoire apporte vraiment

Gagner, c'est évidemment une montée d'adrénaline. « Une certaine fierté, ça nourrit toujours un petit peu l'ego, même si on essaie de ne pas prendre le melon. » Mais au-delà de la satisfaction personnelle, les retombées sont bien concrètes.

Il y a d'abord le réseau qui se réactive. « Ça recrée des liens qu'on entretenait un peu moins. Ça permet de reprendre contact avec plein de gens. » Puis les opportunités professionnelles : des marques qui contactent à nouveau, des partenariats qui s'ouvrent. Et pour le Santeuil café en tant qu'établissement, une visibilité accrue qui attire une nouvelle clientèle, précieuse pour développer l'activité événementielle que Matthieu pilote désormais à plein temps.

Ce que le concours lui a confirmé sur lui-même

Benoît est honnête : le concours n'a pas tout révélé, mais il a confirmé beaucoup. « Je suis un long apprenant. Si je ne refais pas les choses plusieurs fois, notamment des échecs, je continue à les faire. » Une lucidité sur ses propres mécanismes d'apprentissage qui, paradoxalement, est une vraie force.

Il a aussi identifié un point de fragilité concret : l'anglais. Lors de la finale internationale, le manque de pratique régulière s'est fait sentir au moment où le stress s'est invité. « Dès que tu ne maîtrises plus ta sérénité et que tu te perds un peu, tu t'emmêles les pinceaux. » La leçon est simple : s'entraîner régulièrement sur ses points faibles, pas seulement sur ses forces.

Côté positif, le concours lui a rappelé la puissance de l'émotion dans la transmission. « Dès que tu arrives à transmettre de l'émotion tout en ayant un phrasé correct, tu amènes les gens dans ton univers. Ça fait partie de notre métier, mais ça marche dans tous les aspects de la vie. »

Même sans victoire, vous y gagnerez

C'est peut-être le message le plus important de tout l'entretien. Benoît est catégorique : participer a une valeur en soi, indépendamment du résultat. « Tu vas apprendre des choses sur toi-même que tu ne savais pas. La gestion du stress, la confrontation à des pairs qui ont plus de bouteille ou de reconnaissance. Et surtout, tu vas travailler ta créativité, tes techniques, ta mise en place d'idées. »

Et puis, il y a les rencontres. Les membres du jury, les professionnels reconnus, les candidats venus des quatre coins de la France, les anciens gagnants. « Un réseau extraordinaire et de belles rencontres. » Dans un métier où le capital humain compte autant que le savoir-faire technique, c'est loin d'être anecdotique.

Ses conseils pour se préparer sans se perdre

Pour ceux qui voudraient se lancer sérieusement, Benoît distille quelques repères concrets :

Anticiper l'aspect logistique. Comment sera organisé votre poste de travail ? Comment allez-vous travailler en conditions de finale ? Visualiser avant de réaliser.

Travailler le speech autant que le cocktail. Vous avez un temps limité. Dire l'essentiel sans sacrifier ce que vous voulez vraiment transmettre, c'est un exercice en soi.

Trouver une histoire. « Si tu arrives à apporter un peu de toi ou un peu d'émotion, tu vas pouvoir emmener plus facilement les gens avec toi. » Un cocktail avec un récit aura toujours plus d'impact qu'un cocktail techniquement parfait mais sans âme.

Ne pas s'imposer de limites sur la création. C'est peut-être son conseil le plus enthousiasmant. « On est un métier hyper créatif qui se rapproche de l'art, de la gastronomie. Sky is the limit. Les chefs cuisiniers n’ont pas de limites. Les bartenders, on est tout à fait en droit de faire pareil. »

Cette année, le thème des épices : une palette ouverte à tous

Pour l'édition 2026, le fil directeur tourne autour des épices, et Benoît souligne à quel point ce thème est inclusif. Ceux qui ont un passif en cuisine y trouveront un terrain familier. Ceux qui adorent fabriquer leurs propres produits maison seront dans leur élément : les épices offrent une dizaine de techniques d'extraction différentes, présentées par Stephen Martin lors des masterclasses. Et pour ceux qui préfèrent travailler avec des produits existants, la gamme Marie Brizard, particulièrement mise en avant cette année, avec des finales à Bordeaux, propose un panel d'épices intégré qui donne d'emblée de la matière.

« Il n’y a pas beaucoup de profils qui sont laissés de côté, » résume Benoît. « Autant certaines années les thèmes étaient assez spécifiques, autant là, les épices c'est vraiment large. Tout le monde peut essayer. »

Sa phrase pour convaincre les derniers hésitants

On lui a demandé de conclure en une phrase, pour ceux qui hésitent encore. Il a souri. « "Allez viens, on est bien." » Puis il a ajouté, plus sérieusement : « C'est un concours hyper accueillant, hyper humain, avec un côté hyper créatif. Tout est fait pour que ça donne envie aux barmen d'y aller. »

Il confie d'ailleurs avoir longtemps hésité à s'inscrire. Son associé Mathieu Gouret avait déjà remporté le concours quelques années plus tôt, et Benoît ne voulait pas se retrouver à concourir sur le même terrain que lui.
Et puis il a sauté. « Au final je ne regrette pas du tout, parce que maintenant on est tout un ensemble de personnes qui se connaissent. Tous les ans on sait qu'on va se revoir. C'est le côté famille dont on parle tout le temps, mais il est vrai et il est hyper agréable. »

The Bartenders Society 2026 est ouvert aux inscriptions. Les masterclasses se poursuivent dans quatre villes de France, une occasion à ne pas manquer pour prendre de l'avance sur le thème. Les finales France hexagonale et Internationale auront lieu à Bordeaux.
Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 20 Avril 23h59 sur
thebartenderssociety.com

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Fondateur de ForGeorges - plus de 1 000 bars testés à travers le monde - prend autant de plaisir à tester un nouveau bar, que déguster un spiritueux ou un verre de vin en bonne compagnie ! Spécialiste de la loi Évin et dénicheur de bonnes idées et innovations pour les marques d'alcool ! Son cocktail préféré ? Tous à partir du moment où ils font passer un bon moment (mais ne crache jamais sur un old fashioned bien réalisé ! ). Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...) Auteur des livres : Le Whisky C'est pas Sorcier, Le Rhum c'est pas sorcier et Les Cocktails c'est pas Sorcier, aux éditions Marabout et traduits en plusieurs langues (Anglais, chinois, japonais, russe, italien, néerlandais...)

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