Bruichladdich, du passé au futur : Carnet de route écossais #6

Bruichladdich whisky distillerie

Quitter Jura est un crève-cœur, mais un autre rendez-vous passionnant nous attend aujourd’hui : Bruichladdich ! Cette marque cumule les spécificités depuis sa renaissance en 2001. Seule distillerie de l’île à posséder sa propre chaîne d’embouteillage. Seule distillerie à s’être diversifiée avec la fabrication d’un gin (sur l’île du whisky, c’est tout de même sacrément osé), et seule distillerie de l’île à être restée indépendante jusqu’en 2012, date du rachat par Remy Cointreau. C’est aussi l’une des rares distilleries de l’Islay à proposer des whiskies non tourbés ainsi que le whisky le plus tourbé du monde. Oui, ici on aime jouer avec les extrêmes et sortir du lot en créant l’exceptionnel !

Trente-cinq minutes de route nous sont nécessaires pour relier Port Askeig, l’endroit où notre ferry nous a déposés, jusqu’à Bruichladdich, situé sur la côte nord-ouest de l’île. Temps extérieur ? Gris et une légère pluie commence à tomber. Enfin un vrai temps écossais ! Pourtant le bleu vert de la distillerie tranche avec les nuages et nous indique la direction à suivre. De l’autre côté du loch, on aperçoit la distillerie Bowmore, son nom en grosses lettres noires sur ses murs blancs. Les deux distilleries se font face ! Jim McEwan, le maître distillateur de Bruichladdich a d’ailleurs fait toutes ses classes chez Bowmore, depuis ses 15 ans où il était tonnelier. Sacrée progression pour ce gamin de l’île qui, 50 ans plus tard, a obtenu trois fois le très précieux prix de « Distilleur de l’année ».

Pour nous accueillir, la fille de Jim McEwan, Lynne McEwan, directrice marketing de la distillerie ! Elle connaît très bien la maison puisque son père à participé dès 2001 au rachat de la distillerie, pour en faire ce magnifique bijou que nous connaissons aujourd’hui. Nous aurons la chance d’entrapercevoir « Dad » comme elle l’appelle affectueusement. Malheureusement, celui-ci est un homme très pris et il doit remonter dans sa tour de contrôle, bottes aux pieds.

Avec un marketing aussi réussi pour une distillerie, on est choqué dès qu’on entre dans les bâtiments. « Le Mash Tun est d’origine »… autrement dit de 1881, date de fondation de la distillerie. Celui-ci est ouvert et pas encore lavé. « On vient juste de finir, c’est encore chaud » nous glissera un ouvrier. À Bruichladdich, tout est encore fait à la main : 60 personnes travaillent ici.

Il est temps de rejoindre Adam Hannett, assistant Distillery Manager et « probable futur Distillery manager ». Un jeune homme qui a fait ses armes dans la maison. D’ailleurs quand on lui demande s’il a des propositions d’autres distilleries, il nous répond tout surpris « Me faire débaucher ? Mais pour quoi faire ? ». On reste fidèle à sa distillerie. Elle vous donne un job et vous permet de grandir, de vous épanouir.

Une visite des warehouses s’impose, toutes disposées le long de l’océan Atlantique. « Ça confère des caractéristiques marines, avec même parfois des pointes de sel très intéressantes à travailler ». Il se dirige vers une cuve avec un sourire. « Je vais vous faire déguster une exclusivité, des gens vont vous détester s’ils savent ça » La proposition est alléchante, car il s’agit d’un Port Charlotte 12 ans (PC12). On reconnaît le côté tourbé, ainsi que les fameuses notes de sel dont Adam nous parlait.

Mais l’expérience Bruichladdich ne fait que commencer. On s’enfonce dans la warehouse. La pièce est très sombre, des centaines de fûts nous entourent. Adam disparaît faire l’équilibriste pour nous trouver un fût particulier. Il est trop loin pour qu’on arrive à distinguer ce qu’il veut nous faire découvrir. Il revient avec un verre plein et regarde attentivement notre réaction. Il s’agit d’Octomore, whisky le plus tourbé du monde ! Vieilli dans un fût du meilleur chêne qui existe, et imprégné du plus grand de tous les vins moelleux… Ceci explique les fûts de Mouton Rothschild que nous avons pu apercevoir près de l’entrée. Grosse claque olfactive !

Pour finir notre tour, nous nous devions de déguster le gin : The Botanist. Celui-ci est fait avec 31 plantes dont 22 issues d’Islay. Chez Bruichladdich, on aime Islay, et Islay le leur rend bien. D’ailleurs en hommage, le nom des 22 plantes est présent en relief sur la bouteille.

L’alambic pour le gin est arrivé en bateau depuis Glasgow de l’ancienne distillerie d’Inverleven et a été entièrement revu de façon intelligente afin de pouvoir recueillir le meilleur des plantes. À la base, c’est un alambic de type Lomond, entièrement corrigé par le génie de Jim McEwan afin d’obtenir une très lente distillation à une pression de 0,2 bar, qui durera trois fois plus longtemps que pour le whisky. Le concentré obtenu est additionné avec de l’eau-de-vie de grain neutre, et dilué avec de l’eau d’Islay pour arriver à 46 % vol. En bouche, il faut dire que résultat est… exceptionnel ! Une douceur parfaite, un nez puissant obtenu via une distillation de 17 heures à une très faible pression. « Ici on fait tout en prenant notre temps, comme avec nos whiskies » ajoutera Adam.

Crédit photos AlphaRe.

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